Opera Mundi

Mon premier déplacement au Louvre. Un mercredi. Fin novembre 2002. Salle des Antiquités grecques. Magnifique. Quelques souvenirs d’enfance ressurgissent. Pêle-mêle. Les cartes postales que j’achetais à la sortie des musées grecs. Des bustes en marbre. Des bronzes. Des noms. Zeus de Praxitèle. Aphrodite de Cnide. La porte des Lionnes. Le masque d’Agamemnon. C’est alors qu’il s’approche de la sculpture...

 

En fait plusieurs fois le tour. Lentement. Probablement pour trouver son angle. Puis s’arrête. Son cahier à la main. Tout est contraste et équilibre. Je déclenche. Deux fois. Puis je l’observe longuement dessinant. De retour à Bruxelles, j’aime tout de suite cette image. Elle me fait du bien. Et si je continuais ce thème? Et si je l’utilisais un jour? C’est trop bête. J’aurais dû lui demander son autorisation. C’est toujours mieux. Une seule solution pour le retrouver. Retourner au Louvre. Un mercredi. Au même endroit. Une idée insensée...

 

Quinze jours plus tard. Évidemment, il n’est pas là. Je continue mes recherches dans les environs. Puis, tout en continuant ma visite, de plus en plus loin.

Je reviens deux heures après. Toujours rien. Je décide pourtant de l’attendre là, encore dix minutes. Neuf passent. Je l’ai déjà imaginé entrer cent fois. Je m’apprête à me lever mais j’y crois encore plus que jamais.

Il entre!!! Comme dans un film, il se dirige vers la même sculpture…

Je l’accoste tout de suite dans un anglais euphorique. Lui montre les deux images. «Cool!». Lui explique pourquoi j’ai tenté de le retrouver. «Aucun souci, tu peux en faire ce que tu veux». Je les lui donne. «Si tu les veux en plus grand...». «Non merci, c’est parfait comme cela». On fait connaissance. Il est américain. Pour six mois à Paris. École d’Art. Dessin...

Je quitte la salle. Je reviens sur mes pas trente minutes après. C’est plus fort que moi. Je le retrouve assis sur un socle de marbre vide. Accoudé à ses genoux. Fixant longuement une des photos qu’il tient de ses deux mains. Il sourit. Je profite de la scène puis m’approche. Ses yeux paraissent humides. Ou alors, c’étaient peut-être les miens.

 

- « Cette photo a l’air de te faire plaisir ! 

- "Je pensais à ma mère. Elle sera contente de me voir là. Je les lui envoie dès demain».

 

La chorégraphie de la vie. A un moment donné, quand les choses sont justes, tout se met en place. Comme par miracle. Au centième de seconde près.